
Le poids du passé
La Grande Route — Épisode 3
Ruijerd révèle les origines tragiques de la race Superd.
Alors que la confiance s'installe progressivement entre les trois compagnons, Ruijerd se résout enfin à évoquer les origines de son peuple, les Superd. Longtemps considérés comme une race sanguinaire, exterminée pour cette raison lors d'une guerre ancienne, les Superd ont en réalité été victimes d'une manipulation historique orchestrée par des forces bien plus dangereuses que leur simple réputation ne le laisse supposer. Ruijerd, dernier témoin vivant de cette tragédie, porte depuis des décennies le poids d'un exil solitaire, rejeté partout où son apparence trahit son ascendance.
Ce récit, livré avec une pudeur et une douleur contenues, bouleverse profondément Rudeus et Eris. Le premier, fort de sa connaissance théorique du monde, mesure l'ampleur de l'injustice historique qui a frappé ce peuple, tandis que la seconde, plus impulsive, laisse éclater une indignation sincère face à un tel déni de justice. Cette révélation transforme le regard que le duo porte sur leur compagnon : Ruijerd n'est plus seulement un guerrier redoutable et bienveillant, mais un homme brisé par des siècles de préjugés qu'il n'a jamais mérités.
Rudeus, marqué par ce récit, réalise à quel point la réputation et l'apparence peuvent façonner injustement le destin d'un individu, quelle que soit la réalité de son caractère profond. Cette prise de conscience résonne d'autant plus fort chez lui qu'il a lui-même connu, à Buena, les premiers signes d'une méfiance liée à sa différence. Il se surprend à vouloir, à son échelle, contribuer à réhabiliter l'image du peuple Superd, ne serait-ce qu'en témoignant lui-même de la loyauté et de la bonté de Ruijerd auprès de ceux qu'ils croiseront sur leur chemin.
Eris, de son côté, développe envers Ruijerd une admiration nouvelle, teintée d'un respect qui dépasse largement la simple reconnaissance envers un protecteur. Elle qui n'avait jamais vraiment été confrontée à l'injustice sociale sous cette forme découvre, à travers le destin de son compagnon, une réalité du monde bien plus complexe que celle qu'elle connaissait dans son environnement aristocratique. Cette prise de conscience participe activement à sa maturation, amorce d'une transformation plus large que le voyage va continuer de façonner.
Le trio, désormais uni par ce secret partagé, poursuit sa route avec une détermination renouvelée. Ruijerd, allégé du poids de ce silence qu'il portait seul depuis si longtemps, se montre plus ouvert, plus disposé à partager son expérience et ses conseils. Rudeus et Eris, de leur côté, portent désormais ce récit comme une responsabilité supplémentaire : celle de ne jamais juger un individu à la seule aune des préjugés qui pèsent sur son peuple, une leçon qui continuera de nourrir leur perception du monde bien au-delà de cette forêt.
Cette nuit-là, alors que Ruijerd monte la garde en silence, Rudeus l'observe longuement, mesurant la solitude immense que doit représenter des décennies d'errance sans jamais pouvoir baisser la garde. Il se promet intérieurement de tout faire pour que ce guerrier trouve, au bout de ce voyage, un peu de la paix qu'il mérite tant, une promesse silencieuse qui scellera durablement le lien entre les trois compagnons de route.